Mission médicalisée en Casamance 17

 

30 avril 2012

 

Lever 5 H 30, pour un départ prévu à 6 H 30 (toujours à cause de la marée haute).

Aujourd’hui, nous irons à HITOU.

Notre pirogue avance dans un lacis de bolongs. Mais un moment, le niveau d’eau est trop bas, il faut changer de pirogue pour prendre une embarcation traditionnelle, sans moteur, avec un piroguier classique qui manie une longue perche. Il s’agit d’un tronc d’arbre creusé, très instable et gare à celui qui tombe car on chemine dans une sorte de vase appelée « poto-poto » et ni sa couleur, ni son odeur, ni son aspect ne me font envie. On arrive cependant à proximité du village et là, il faut abandonner la pirogue, marcher dans l’eau jusqu’aux genoux avec la vase qui gicle entre les orteils, un régal !

 

8 H 3O, arrivée au centre d’HITOU.

Le village est un peu disparate, il y a d’énormes fromagers de 300 ou 400 ans (c’est du moins ce qu’on dit), et ici le centre de santé est presque luxueux à côté de celui d’HAER.

Le bâtiment est en dur, il y a chaises et table, et même deux lits pour les examens.

L’endroit nous convient bien, nous sommes prêts à recevoir la population.

 

Celle-ci arrive, avec le traditionnel « Kasumay », ce qui veut dire « ça va ? ».

On répond selon les endroits :

Kasumay Kep ou

Kasumay Lama ou

Kasumay Barré.

La consultation commence donc, la chaleur est tolérable : une jeune fille de 22 ans vient pour un écoulement de l’œil. En l’examinant, je m’aperçois qu’elle a des plaques dans le cuir chevelu, que ces plaques descendent dans le cou, entourant l’oreille et couvrant une partie du visage. Sur les bras et sur le dos, il y a de nombreuses micro-pustules ou pustules sèches. Dans la bouche, toutes les dents sont pourries ! A force de lui poser des questions, elle finit par sortir un lambeau de papier où il est noté qu’elle est VIH +.

Au Sénégal, elle peut bénéficier d’une trithérapie gratuite, mais lorsqu’on lui a donné les médicaments, on a demandé 7.150 CFA pour des médicaments annexes comme la grisefuline pour ses plaques, etc… Elle n’a pas pu payer, a tout mélangé le traitement et pour finir, n’a pas pris la trithérapie. Ainsi, on retrouve cette jeune femme avec une polypathologie annexe (souffle mitral +++), dents cariées, dermatose diffuse en rapport avec le Sida, son mari est mort, elle a deux enfants !!

On demande donc à sa mère de venir, on lui explique la nécessité des soins, mais ici il y a un tabou absolu, ne pas dire qu’elle a un VIH+, sinon le village la rejette !

On espère avoir convaincu sa mère de lui faire prendre la trithérapie, mais le fera-t-elle ??? Et cependant la trithérapie du sida et les médicaments pour la tuberculose sont gratuits. Encore faut-il aller les chercher et les prendre.

A 14 H 30, on arrête les consultations, mais il y a encore beaucoup de monde. On va manger sous un arbre le traditionnel riz, poisson, tout cela au milieu des poules, coqs, canards et cochon, pas bien ragoutant. Le village est très sale, avec des tas d’ordures que personne ne songe à brûler.

 

L’après-midi, il faut reprendre, dans une bonne température, la consultation. J’aurai, pour mon compte vu trente huit personnes qui demandent, et c’est notre règle, un examen complet : cœur, poumons, abdomen, yeux, bouche, oreilles. Heureusement, le déshabillage est rapide.

 

Vers 17 H 30, on renonce à la réunion de synthèse, le village semble frustré. Mais il est grand temps de plier bagage car, si la marée est trop basse, on ne pourra pas repartir. Déjà elle descend.

On range vite vite les différentes caisses et avec nos sénégalais, on retrouve la première pirogue, celle qui n’ayant pas de moteur peut, avec un piroguier, atteindre notre grande pirogue à moteur. Alors c’est le transbordement puis un cheminement très agréable dans les bolongs. On ressent la fatigue. Je m’endors un petit peu.

 

Le soir, à la lampe frontale, on rejoint le campement après avoir traversé la Casamance avec un ballet de dauphins, étonnant.

Arrivés au campement, on a la chance de se doucher et vers 21 H, de prendre un repas avec une bonne salade de pommes de terre, des œufs durs et des oignons. C’est délicieux.

Le représentant de Marins sans Frontière nous offre une bière, on se régale.

On retrouve les petits bonheurs !

 

Puis c’est le coucher, vers 22 H 30. Mais un village voisin fait la fête et fatalement nous avons la musique des tams-tams et leur cuivre. Enfin le sommeil nous atteint et les bras de Morphée nous accueillent.

 

 

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