Mission médicalisée en Casamance 15

27 avril 2012

Nous avons quitté les îles Bliss pour les îles Karone: Kouba et Hillol avant tout. Jean et Yves sont partis la veille effectuer la visite de médecine scolaire à Hillol après avoir  assuré la médecine scolaire à Kouba.

Ce matin, soi-disant grasse matinée. Yves nous demande un lever à 6 H 30 car il faut prévoir une grande matinée.Effectivement la matinée est chargée, tant en nombre de patients qu’en émotion car, vers 9 H, une foule nous amène une petite fille en coma profond. C’est une vraie poupée de chiffon. On interroge l’entourage qui ne nous renseigne absolument pas sur le déroulement de ce coma. Ils l’ont trouvé ainsi et nous l’amènent en espérant qu’on la sauve. Mais il faut trouver la cause de ce coma. Tout est envisagé : d’abord des glycémies qui virent de façon contradictoire de l’hypo à l’hyper en quelques heures de différence. On imagine aussi la possibilité d’avoir ingéré une drogue ou un alcool, ou autre chose… Un membre de sa famille prend du gardénal pour une épilepsie. A-t-elle pris des comprimés ? La famille assure que non, mais comment savoir ?

L’état est préoccupant. Nos infirmières aidées de Jean parviennent à placer une perfusion par voie jugulaire. Un exploit avec le matériel que l’on a et le calibre de la jugulaire de cette enfant en état de choc ! On passe du sérum sucré, la glycémie remonte à 1,46 g/l, mais aucune réaction de l’enfant qui reste inerte. On continue les perfusions et la tension artérielle remonte mais  l’enfant ne sort pas de son état stuporeux. Nous sommes surpris et un peu désarçonnés par cette pathologie bien peu classique! Mais bonheur, en fin de matinée, elle ouvre un œil, et c’est avec joie qu’on la voit reprendre un peu de vie. Que s’est-il passé ? Mystère ?

En médecine, il existe une loi des séries, car pendant qu’on s’occupe de cet enfant, on nous amène une vieille dame, semi-comateuse avec un encombrement bronchique énorme, une véritable inondation bronchique avec des râles bulleux.

On nous explique qu’elle vient d’avaler en deux gorgées une bouteille d’insecticide pour les termites; mal voyante et privée d’odorat, la vieille dame a confondu le flacon de ce poison avec un remède traditionnel…. Son état nous semble désespéré. On l’installe sur le lit de la pièce disponible qui nous sert de cuisine – la tension artérielle 22/10, le cœur est très lent : 4O/mm, mais le plus inquiétant est l’ensemble : l’encombrement bronchique avec  régurgitations gastriques.  Nous n’en avons plus d’atropine pour tenter de l’assécher, . Par téléphone (réseau enfin  retrouvé!) on contacte Kafountine; on nous promet ce produit dans 1 ½ H ! Immédiatement la pharmacie libérale envoie les quelques ampoules dont elle dispose  jusqu’à Kassel : passage du bolong en pirogue et de notre côté une mobylette part à bride abattue sur l’étroit chemin pour aller les récupérer. L’état s’aggrave malgré l’atropine enfin injectée et la poursuite des perfusions de corticoïdes et d’antibiotiques. On décide, devant ce tableau, de l’envoyer à l’hôpital et là, l’épopée commence. Il faut la transporter en pirogue à l’hôpital. Mais pour rejoindre la pirogue, il faut la transporter sur un brancard (tout neuf que nous avons remis la veille au centre) et c’est ainsi que quatre sénégalais se chargent du brancard, tandis que le 5ème tient la perfusion. La pirogue -ambulance l’emmènera à Kassel où elle trouvera l’ambulance de Diouloulou pour l’emmener au centre hospitalier régional à Ziguinchor. L’ensemble du trajet est de plusieurs heures.

Les ruptures de stock des médicaments essentiels sont un grave problème auquel tout comme chacun des centres de santé nous sommes confrontés.

Il nous faudra réessayer demain pour avoir des nouvelles. Nous sommes pessimistes sur ses chances de survie, car elle a inhalé beaucoup de liquide gastrique. Effectivement son état est en fait désespéré et elle ne survivra pas… Chez nous l’appel au SAMU pour intubation et évacuation en hélicoptère aurait peut-être pu la sauver…

Cette matinée agitée se termine par le repas préparé par le village : riz, poisson. Mais je n’ai pas faim, on désespère de notre impuissance.

Nous reprenons, l’après-midi, les consultations mais la population du village n’est pas au rendez-vous, sans doute préoccupée du sort de ces deux malades. Nous pouvons surveiller tranquillement la petite fille qui semble sortie d’affaire.
Nous avons bien conscience que les évacuations sont une vraie épopée nécessitant trop de temps, trop de distance à parcourir, avec des moyens pourtant efficaces : brancard, pirogue-ambulance (que nous avons offerte au village voici trois ans grâce au soutien de CASAM), ambulance et enfin l’hôpital régional plus ou moins desservi avec une absence médicale trop fréquente.

Mais c’est ça aussi la Casamance ! oui mais Paul l’infirmier du poste de santé a accompagné efficacement les deux patients lors des deux évacuations de la journée…On revient à l’état de la petite fille qui est calme tout l’après-midi. On renouvelle les perfusions, mais vers 18 H, son état se dégrade de nouveau. Sa glycémie, atteint 4 g/l ! Il nous faut aussi l’évacuer et c’est de nouveau le même transport. Cette fois dans le noir, brancard, pirogue-ambulance, ambulance et enfin, service pédiatrie de l’hôpital de Ziguinchor.

On nous explique alors que le village s’est cotisé pour fournir la somme nécessaire à son hospitalisation car, sans paiement, pas d’hospitalisation et rien n’est fait, ni radio, ni analyse. La prise en charge de la nourriture doit être faite par la famille, de même la toilette. ANIMA a de son côté fourni le carburant pour les deux évacuations faites à bord de la pirogue ambulance.

Notre soirée se déroule en discussion autour de ces deux cas, et chacun lance son hypothèse et sur les chances de survie. Pour moi, la petite fille a dû ingérer une drogue quelconque, enfin on verra le résultat.

Présentation de notre association ANIMA à la date du 23 décembre sur ce blog.

 

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