6ème conférence internationales sur les ENVENIMATIONS en Afrique

Le quotidien « LE MONDE » nous fait part de la tenue à Abidjan de la 6ème conférence internationale sur les envenimations en Afrique dans un article de Jean-Philippe CHIPPAUX, directeur de recherches à l’IRD (ex-ORSTOM), paru dans  le journal « LE MONDE » daté du 17 juin 2015.

 

http://abonnes.lemonde.fr/sciences/article/2015/06/16/l-envenimation-un-fleau-mortel-neglige_4655069_1650684.html?xtmc=chippaux&xtcr=1

 

La 6e Conférence internationale sur les envenimations en Afrique a pris fin le 5 juin à Abidjan (Côte d’Ivoire) dans l’indifférence des organisations internationales – à l’exception notable de Médecins sans frontières – et empreinte de la gêne des autorités sanitaires de la quinzaine de pays africains discrètement représentés.
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« Les piqûres de scorpion en Afrique du Nord et morsures de serpent en Afrique subsaharienne sont responsables respectivement de 750 000 envenimations avec 1 700 décès et 320 000 envenimations dont une dizaine de milliers de morts et autant de séquelles entraînées par des amputations fortement handicapantes. Encore faut-il préciser que seuls les patients enregistrés dans les centres de santé sont comptabilisés. Les études menées au sein des communautés depuis une vingtaine d’années montrent que ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Les victimes préfèrent s’adresser à un guérisseur dont la prise en charge leur semble plus appropriée : plus de 60 % d’entre elles ne consultent pas les structures de santé, les autres y parvenant avec un retard favorisant les complications. Pour eux, l’accident ne résulte pas d’une rencontre naturelle avec l’animal venimeux mais d’un maléfice dont il faut d’abord se défaire grâce à la médecine traditionnelle. Les chiffres présentés lors de cette 6conférence confirment que l’incidence est deux fois plus élevée que celle rapportée par les statistiques sanitaires et que la mortalité enregistrée dans les communautés est trois à quatre fois supérieure…

….

La conférence d’Abidjan s’est déroulée, une fois de plus, en l’absence des instances internationales pourtant conviées comme à chacune des conférences antérieures. Malgré leur incidence et leur mortalité élevées, les envenimations ne bénéficient toujours pas, contrairement aux autres maladies négligées, de la médiatisation nécessaire à l’obtention de subventions.

Les conclusions de cette 6e conférence prônent une plus grande accessibilité du traitement, notamment grâce à une distribution des antivenins dans les centres de santé périphériques où consultent les victimes de morsures de serpent et piqûres de scorpion. C’est là, en effet, que l’on pourra traiter le plus efficacement les envenimations en évitant les complications résultant d’un parcours thérapeutique chaotique.
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Il n’est pas admissible que les envenimations ne soient plus enseignées dans les facultés de pharmacie et de médecine, ni dans les écoles d’infirmiers. La formation du personnel de santé à l’utilisation correcte des antivenins est indispensable pour la prise en charge aux différents niveaux – des premiers secours jusqu’à la rééducation des patients souffrant de séquelles. A cet égard, il est urgent de former les thérapeutes traditionnels qui, les premiers, accueillent les patients, aux premiers soins et au transfert rapide du patient vers un centre de santé, après l’avoir rassuré. Un protocole thérapeutique simple et applicable dans les dispensaires périphériques même non médicalisés a été proposé par la SAV.

Une politique du médicament adaptée au contexte permettra le choix et l’enregistrement du produit sur des critères appropriés, c’est-à-dire sa fabrication à partir des venins des espèces locales, dont la traçabilité est garantie, sa purification selon un processus conforme aux normes édictées par l’OMS et l’application d’un contrôle de qualité à chacune des étapes.

Enfin, le financement des antivenins sera assuré sur la base d’une étude de l’acceptabilité du prix par les patients après enquêtes anthropologiques. Le complément sera apporté par des subventions de l’Etat, des collectivités locales, des entreprises employant des ouvriers soumis au risque, comme les compagnies agro-industrielles, et les assurances de santé qui commencent à se mettre en place en Afrique.

 

Les premières expériences décrites lors de la conférence d’Abidjan, au Togo et au Burkina Faso, confirment la faisabilité de cette stratégie parfaitement supportée par le budget national. Ces deux pays expérimentent, depuis cinq ans pour le premier, l’offre d’antivenins à prix réduit pour le patient (entre 10 et 40 % du prix réel), prenant en charge la différence au niveau de leurs centrales d’achat publiques. Plusieurs autres pays ont déclaré explorer des solutions similaires.

Jean-Philippe Chippaux, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), président d’honneur de la Société africaine de venimologie.
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Comments

  1. Le forum E-Med nous informe:

    La disparition d’un antivenin de Sanofi inquiète l’Afrique
    LE MONDE ECONOMIE | 25.07.2015 à 09h59 | Par Chloé Hecketsweiler
    http://www.lemonde.fr/medecine/article/2015/07/25/la-disparition-d-un-antivenin-de-sanofi-inquiete-l-afrique_4698139_1650718.html#XzUMusPW4rzXuvm6.99

    A l’heure où Sanofi s’apprête à lancer plusieurs blockbusters, l’un de ses plus vieux médicaments, le FAV-Afrique, pourrait aussi faire parler de lui. Ce sérum antivenimeux lancé en 2000 est le seul remède efficace contre les morsures des serpents les plus dangereux d’Afrique subsaharienne : les vipères, le cobra ou encore le mamba. Pourtant, le groupe en a cessé la fabrication en 2010. « Les dernières ampoules ont été vendues l’an passé, et Sanofi n’a toujours pas transféré sa technologie à un autre laboratoire. Même si un accord est signé en 2016, les premières doses de FAV-Afrique ne seront pas disponibles avant fin 2018 ou début 2019 », s’alarme Julien Potet, responsable des campagnes d’accès aux médicaments essentiels chez Médecins sans frontières (MSF).

    De son côté, Sanofi explique que la fabrication a cessé car son carnet de commandes était vide. « Des laboratoires indiens, mexicains ou encore brésiliens ont lancé des sérums antivenimeux low cost. Nos ventes se sont effondrées, de 30 000 doses en 2006 à 5 000 en 2010. Nous avons dû jeter des lots à la poubelle », explique Alain Bernal, porte-parole de Sanofi-Pasteur. Au même moment, la demande pour le sérum antirabique s’envole. « Dans ce contexte, il était logique d’arrêter le FAV-Afrique pour augmenter la production de ce sérum, le seul remède contre la rage, une maladie 100 % mortelle. »

    Un sérum « inabordable »

    Mais les sérums concurrents s’avèrent de piètre qualité. Le professeur David Warrell, de l’université d’Oxford, dénonçait en 2008 le « marketing sans scrupule des antivenin », citant des produits fabriqués en Inde qu’il jugeait inefficaces. De son côté, l’Organisation mondiale de la santé constate « l’arrivée sur certains marchés de sérums inadaptés, non testés, voire contrefaits », et s’inquiète de la rupture de stock « imminente » d’antivenins efficaces alors que les morsures de serpent concernent 5 millions de personnes par an et sont la cause de 100 000 décès.

    Il faut deux ans pour produire le FAV-Afrique, la première étape étant d’injecter les venins à des chevaux, leurs anticorps étant la matière première du sérum. Et personne ne se bouscule pour prendre la suite de Sanofi. « A plus de 100 euros la dose, il est inabordable pour la majorité des malades », admet M. Potet. « Pourquoi faudrait-il que les labos perdent de l’argent ? Si ce médicament est si essentiel, pourquoi les Etats n’en achètent-ils pas plutôt que d’investir dans des tanks ? », ajoute M. Bernal.

    Une impasse qui rappelle celle dans laquelle se trouvaient les vaccins il y a quinze ans. Elle a pris fin avec la création de Gavi, un partenariat public-privé, qui finance l’achat des médicaments et négocie les prix avec les laboratoires.

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