Conférence sur la sécurité au Sahel à Alger

RFI relate la conférence d’Alger en cours actuellement quant aux menaces terroristes sur les pays du SAHEL.

 

La Libye au centre des discussions de la conférence sur la sécurité au Sahel

Par David Baché

http://www.rfi.fr/afrique/20110907-libye-centre-discussions-conference-securite-sahel

La conférence d’Alger sur la sécurité dans les pays du Sahel rassemble, à partir du mercredi 7 septembre 2011, les ministres des Affaires étrangères de l’Algérie, du Mali, de la Mauritanie et du Niger. L’objectif de cette réunion, qui doit durer deux jours, est d’établir les menaces terroristes qui pèsent actuellement sur les pays du Sahel, et de tenter d’organiser une lutte collective. Le contexte issu de la révolution libyenne sera au centre des discussions.

Les rencontres entre l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger sont régulières. Mais celle qui réunit à Alger les ministres des Affaires étrangères des quatre pays sahéliens s’ouvre dans un contexte très particulier, qui va dicter l’ordre du jour : celui de la révolution libyenne. C’est que la chute du régime de Mouammar Kadhafi change la donne géopolitique de la région, et crée de nombreuses incertitudes.

Le premier but de la conférence d’Alger sera donc de mesurer l’impact que peut avoir cette révolution sur le terrorisme dans la région du Sahel. D’abord parce que Mouammar Kadhafi avait largement combattu les islamistes pour la sauvegarde de son propre pouvoir. Les pays sahéliens devront donc s’assurer que les nouvelles autorités libyennes suivront cette ligne, et ce alors même que certains éléments de la rébellion, y compris au sein du Conseil national de transition (CNT), sont issus de cette mouvance islamiste.

Par ailleurs, beaucoup soupçonnent que des armes utilisées en Libye puissent avoir été, et puissent être encore, récupérées par des combattants d’al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Les Nations unies, l’Union européenne et les Etats-Unis ont publiquement exprimé cette crainte. « Il ne faut pas être bien malin pour imaginer que, pour les terroristes islamistes, récupérer ces armes est une priorité, confirme François Géré, président de l’Institut français d’analyse stratégique. Kadhafi disposait d’armes de très bonne qualité : des missiles sol-air, des missiles portables. C’est une menace très grave ».

D’autant plus grave que François Géré ne semble pas douter de la capacité des islamistes à mettre la main sur cet arsenal : « On a affaire à des gens qui connaissent bien la situation, qui savent où sont les entrepôts. Récupérer ces armes est donc la première chose qu’ils vont faire, ou la première chose qu’ils ont faite…»

Les pays occidentaux représentés

S’il est déjà arrivé que des représentants des pays occidentaux participent à des réunions techniques avec les quatre pays sahéliens, c’est la première fois qu’ils sont représentés lors d’une conférence de ce niveau. Ainsi, l’Union européenne et les pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU, dont la France, ont dépêché à Alger des experts, qui doivent à la fois jouer le rôle d’observateurs et de conseillers.

Quatre Français et une Italienne sont actuellement retenus en otage dans le Sahel, et, sans dresser la liste macabre de ceux qui sont morts ces dernières années, l’implication des pays occidentaux dans la lutte anti-terroriste dans le Sahel est facile à comprendre. Ces pays, et notamment la France, forment déjà des militaires locaux, fournissent des équipements, et interviennent même parfois directement. Cela a été par exemple le cas lors du raid de l’armée française de juillet 2010, mené conjointement avec les forces mauritaniennes, ou de celui de janvier dernier, dans les deux cas au Mali, pour tenter de libérer des otages français.

A présent, les pays occidentaux comptent accélérer et conseiller la mise en oeuvre de politiques communes dans les pays du Sahel. « Nous souhaitons que la coopération régionale s’intensifie, explique Bernard Valero, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. Ce sont des questions que nous évoquons d’ailleurs régulièrement dans le cadre bilatéral », assure-t-il, refusant de donner davantage de détails sur ces échanges diplomatiques.

Coopération militaire et aide socio-économique

Concrètement, cette coopération régionale est avant tout militaire. L’Algérie, la Mauritanie, le Mali et le Niger disposent déjà, depuis un an et demi, d’un Comité d’état-major opérationnel conjoint : le Cemoc.

Etabli dans le sud de l’Algérie, à Tamanrasset, il est censé permettre aux forces armées des quatre pays de travailler ensemble et de s’assister mutuellement. Cependant, cette coordination ne va pas de soi, et le Cemoc est en fait loin d’être opérationnel sur le terrain. « Je pense que c’est déjà un premier pas, ça commence par là, plaide le président malien Amadou Toumani Touré, qui a longtemps poussé cette démarche. C’est un Etat major tactique, qui recense les moyens des uns et des autres et les renseignements dont nous disposons. Lorsqu’il sera opérationnel, nous aurons une vision commune et nous pourrons mener des actions communes », poursuit-il

Les besoins socio-économiques des populations des pays sahéliens seront aussi évoqués, et ce afin de contrer la méthode de propagation d’Aqmi. C’est un schéma classique : l’organisation terroriste s’appuie sur la pauvreté des populations et fournit, pour gagner leur soutien, des services auxquels elles n’ont pas accès.

Les gouvernements centraux des pays concernés savent donc qu’ils devront réinvestir ces territoires, parfois délaissés, et ce aussi bien sur le plan sécuritaire, avec des forces de police et des casernes, que sur le plan social, avec des écoles et des centres de santé. Un impératif dont les quatre pays sahéliens ont parfaitement conscience, puisqu’ils avaient déjà tiré cette conclusion lors de précédentes réunions.

Présentation de notre association ANIMA en date du 28 février sur ce blog

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