Bilharziose urinaire

Lors de nos missions itinérantes nous rencontrons fréquémment comme nous l’avons déjà signalé de nombreux cas de  Bilharziose urinaire.

Cette affection qui touche une centaine de millions de personnes sur la planète (Afrique, l’est de la Méditerranée, la péninsule arabique) est provoquée par un parasite « Schistosoma haematobium » et se manifeste avant tout par une hématurie terminale (en fin de miction).

La contamination transcutanée s’effectue dans de l’eau douce,  plus ou moins stagnante, infectée par les urines des patients atteints: une larve (miracidium) émise lors de la miction, parasite un petit escargot (bulin) qui émet une très forte quantité de furocercaires, très mobiles dans l’eau dont la tête va venir traverser la peau de la personne exposée; après passage dans la circulation générale la maturation permet aux trématodes adultes de se feconder dans le système porte (au niveau du foie) puis de gagner les vaisseaux de la vessie; les oeufs s’y retrouveront  avec infestation de la muqueuse de l’appareil urinaire, vessie et reins. Il faut savoir que la durée de vie des adultes peut atteindre dix années dans l’organisme humain…

La clinique est dominée avant tout par l’hématurie à tel point que l’on admet en Afrique que toute hématurie chez un sujet jeune est une bilharziose urinaire à traiter comme telle…D’autres signes  (douleurs abdominales, cystalgies…) peuvent évoquer la maladie que l’on confirmera par la recherche de l’hématurie microscopique à la bandelette urinaire et éventuellement par la recherche d’oeufs dans l’urine.

Après plusieurs années peuvent survenir des complications qui sont principalement vésicales (surinfections, granulomes, calcifications, voire cancer), urétérales avec risque d’atteinte rénale, génitales. Nous avons lors d’une mission récente pu diagnostiquer une insuffisance rénale terminale avec images typiques à l’échographie; le patient en est décédé à la quarantaine.

On sait que lors de la phase initiale de migration depuis la peau jusqu’à l’appareil circulatoire on peut mettre en évidence une éosinophilie, très évocatrice d’une affection parasitaire mais il n’y a pas encore d’oeufs dans les urines tandis que la sérologie est quand même aléatoire.

Le traitement curatif est simple et fort efficace: prise unique de Praziquantel à la dose de 40mg/kilo (que nous faisons prendre devant nous au moment du diagnostic).

Nous essayons de convaincre les enfants et leurs parents de ne pas se baigner dans les mares et les eaux douces stagnantes; même si le sujet est traité il finira pas se contaminer à nouveau s’il fréquente à nouveau ces eaux polluées par l’homme, lui-même… Surtout en Casamance il est quand même assez facile de ne se baigner que dans l’eau salée des bolongs. Mais rien n’y fait vraiment et on assiste à des récidives perpétuelles. Traiter encore semble nécessaire mais si l’on traite plusieurs fois un individu, peut-on être assuré que le médicament utilisé, tout puissant comme nous l’avons dit, gardera son efficacité au fil du temps?…Un traitement systématique de masse pourrait être proposé pour éradiquer le parasite!? On pourrait aussi envisage de lutter contre le vecteur intermédiaire ce petit escargot le bulin…Enfin un vaccin est à l’étude: il semble bien exister chez l’adulte une relative immunité  et il est de fait que cette maladie atteint surtout les enfants et les adultes jeunes..

Il faut signaler qu’une autre schistosomiase existe également à forme intestinale et qu’elle des plus répandue et fort fréquente en Afrique mais aussi en Amérique centrale et du sud ainsi qu’aux Antilles, liée à Schistisoma mansoni.

On doit informer les touristes et leur conseiller de ne pas se baigner dans de l’eau douce sauf au milieu d’une rivière par exemple avec une eau non stagnante; en cas de contact ne pas hésiter à frotter vigoureusement avec sa serviette la peau qui a été exposée…

Comments

  1. Bonjour,

    La bilharziose étant un parasite de l’eau douce, je conclus qu’il n’y en a pas dans les mangroves?

    Je suis médecin et je vois en consultation des personnes qui partent travailler une semaine dans un village de CAsamance pour du nettoyage de mangrove « les pieds dans l’eau »

    POuvez vous avec votre expérience récente me dire ce que vous en pensez ?

    Merci d’avance
    DHUGUET

  2. Effectivement il n’y a pas de risque de bilharziose urinaire en travaillant dans l’eau salée. Ne pas oublier que cette époque de l’hivernage est la saison des pluies et que les rizières sont, elles, en eau douce…

  3. Bonjour,

    Pouvez-vous me dire si après plus 41 ans il y à de possible séquelles dues à la bilharziose urinaire ?
    Merci de me répondre je suis directement concernée.

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