la colchicine est à écarter en traitement de la maladie covid-19, quelle que soit sa gravité.

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Colchicine et covid-19 justifiant une hospitalisation : ne pas prendre de risque vu l’absence d’efficacité démontrée
La colchicine est un cytotoxique avec des effets anti-inflammatoires qui expose à des effets indésirables graves, particulièrement en cas de surdose. Dans un essai comparatif chez environ 4 500 patients atteints d’une maladie covid-19 sans signe de gravité justifiant une hospitalisation, la colchicine n’a pas eu d’efficacité clinique tangible (lire ici). Qu’en est-il de la balance bénéfices-risques de la colchicine chez les patients atteints de covid-19 justifiant une hospitalisation ? Pour apporter des éléments de réponse, les résultats de l’essai ayant évalué la colchicine au sein du projet de recherche Recovery étaient attendus. Ils ont été publiés en détail après relecture par des pairs.

Un essai randomisé, sans procédure d’aveugle, chez environ 11 000 patients hospitalisés. Le projet de recherche Recovery est un ensemble d’essais comparatifs, randomisés, sans procédure d’aveugle. Il a été mis en œuvre principalement au Royaume-Uni, pour évaluer, en ajout à d’autres soins, plusieurs médicaments dont la colchicine, chez des patients hospitalisés à cause d’une maladie covid-19. Pour l’évaluation de la colchicine, 11 340 patients ont été inclus. Ils étaient âgés en moyenne de 63 ans, et 32 % étaient âgés de 70 ans ou plus. 70 % étaient des hommes. 26 % avaient un diabète, 21 % une maladie cardiaque et 21 % une maladie pulmonaire chronique. Au début de l’essai, 69 % des patients n’avaient pas d’assistance respiratoire ou étaient sous « simple » oxygénothérapie. 31 % avaient une ventilation assistée, invasive (5 %) ou non (26 %).

Selon le tirage au sort, en ajout aux autres soins, la moitié des patients ont reçu de la colchicine (1 mg lors de la première prise, puis 0,5 mg deux fois par jour pendant au maximum 10 jours), et les autres patients n’ont pas reçu de colchicine. Certains patients, notamment ceux pesant moins de 70 kg et ceux dont la fonction rénale était diminuée (débit de filtration glomérulaire estimé inférieur à 30 ml par minute par 1,73 m²), ont reçu une seule dose de colchicine par jour au lieu de deux.

Les autres médicaments administrés en traitement de la maladie covid-19 l’ont été dans les mêmes proportions dans les deux groupes.

Pas d’efficacité clinique de la colchicine. Le critère principal d’évaluation a été la mortalité. 28 jours après le début du traitement, 21 % des patients étaient morts, sans différence entre le groupe colchicine et le groupe témoin. Il n’y a pas eu non plus de différence statistiquement significative entre les deux groupes sur divers autres critères cliniques d’évaluation : durée médiane avant la fin de l’hospitalisation (10 jours), proportion de patients mis sous ventilation invasive (11 %), proportion de patients mis sous ventilation non invasive (22 %), proportion de patients avec arrêt de la ventilation invasive (32 %).

Des effets indésirables graves, surtout liés à des surdoses. La colchicine est d’utilisation délicate, car sa marge thérapeutique est étroite : la dose thérapeutique et la dose toxique sont proches (lire ici). La survenue d’une diarrhée est évocatrice d’une surdose. Elle apparaît généralement avant d’autres effets indésirables dose-dépendants plus graves, parfois mortels, comme les agranulocytoses, les anémies et les thrombopénies. Les autres signes de surdose sont des : douleurs abdominales, nausées, vomissements ; hypotensions artérielles, chocs cardiogéniques ; oliguries et hématuries ; coagulations intravasculaires disséminées, défaillances multiviscérales. La colchicine est tératogène chez l’Animal : elle est à exclure chez les femmes enceintes ou qui pourraient l’être.

Selon le protocole du projet Recovery, l’analyse des effets indésirables a porté surtout sur la survenue des hémorragies, des troubles du rythme cardiaque, des réactions allergiques graves, des fièvres, des hypotensions artérielles aiguës et des hémolyses. Seuls des résultats sur la fréquence des hémorragies et des troubles du rythme cardiaque figurent dans le compte rendu publié de l’évaluation de la colchicine, sans différences entre les groupes. Les données concernant les autres effets indésirables n’ont pas été rapportées, en dehors de deux cas d’effets indésirables graves imputés à la colchicine : troubles rénaux aigus (sans autre précision) chez un patient et rhabdomyolyse chez un autre.

En pratique : pas de colchicine en traitement de la maladie covid-19. Pour évaluer la colchicine dans le traitement de la maladie covid-19, des essais cliniques comparatifs randomisés ont été menés chez des milliers de patients, hospitalisés ou non. Ces essais n’ont pas démontré d’effet favorable de la colchicine sur des critères cliniques, alors que ce médicament expose à des effets indésirables graves, parfois mortels. En pratique, la colchicine est à écarter en traitement de la maladie covid-19, quelle que soit sa gravité.

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Source :

Recovery collaborative group « Colchicine in patients admitted to hospital with covid-19 (Recovery) : a randomised, controlled, open-label, platform trial » Lancet Respir Med 2021 ; publié sur le site www.thelancet.com/respiratory le 18 octobre 2021.

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