Missions médicale sur les îles de Basse-Casamance

Sur un des villages  isolé des îles Bliss et Karone – où trois fois par an nous venons travailler à la  case de santé bien dépourvue – nous avons été appelés au chevet d’une petite fille âgée de huit ans. Une dizaine de jours auparavant, sa robe s’est enflammée, sans doute alors qu’elle  tournait le dos au feu de bois allumé par sa mère. Importantes brulures de toute la face postérieure des cuisses et des jambes. La famille n’avait pas l’argent nécessaire pour la faire hospitaliser.

En route vers sa maison, je me dis que dans ces conditions, elle a été prise en charge par une méthode traditionnelle et me demande ce que nous allons découvrir. La petite patiente est allongée sur son lit couchée aux trois quarts sur le côté.

Les brulures impressionnantes sont recouvertes  d’une espèce de duvet qui se révèle être des poils arrachés à une peau de lapin. Ce matelas absorbe les sérosités et la brulure est sèche…La fillette souffre certainement et reste complètement atone, anéantie par  cette importante brulure.

Bien sûr le premier réflexe de toute l’équipe, moi en premier, est de dire: « il faut hospitaliser l’enfant »…On songe à avancer les frais de cette hospitalisation que ne peut assumer la famille…Et puis  je me reprends et parviens à convaincre  les médecins et infirmières qui m’entourent que finalement il faut garder l’enfant ici, lui assurer une couverture antibiotique  et antalgique suffisante; l’hôpital n’est pas équipé pour prendre en charge ces soins et assurer une anesthésie pour chaque soin dont on peut imaginer qu’ils vont être un véritable calvaire …La prise en charge de la douleur ne fait pas encore vraiment partie des préoccupations des soignants  locaux (faute de moyens souvent, mais aussi faute de formation…); alors la raison nous dit que la seule  chance de s’en sortir pour la petite est finalement de rester  là, au bout du monde dans sa maison, en espérant une cicatrisation qui ne peut être que peu satisfaisante avec retentissement sur la mobilité des membres inférieurs. Heureusement les sphincters ne sont pas atteints…

Nous retournons à la consultation; l’équipe et en particulier la nouvelle infirmière est  abattue…Quelques instants plus tard, je les appellerai auprès de la petite Clarisse dont je vous ai parlé hier; le sourire reviendra en constatant que, pour cette enfant là, notre passage n’aura pas été un échec…Nous gardons cependant au fond de nous l’image poignante de cette enfant brulée atrocement…La photo est terrible…J’ai longuement hésité avant de l’inclure dans cet article…

Jeudi 31 mai: j’apprends que la petite a été conduite à Kabadio au poste de santé par une européenne qui vit sur place et reste auprès d’elle. C’est une très bonne nouvelle plutôt que de la savoir complètement isolée au bout du monde…Je n’ai pas pu savoir quel était sa situation sur le plan médical.

Présentation de notre association à la date du 23 décembre dernier sur ce blog.

 

 

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