In Memoriam: Reginald Carton de Wiart

Lors de notre passage à Cachouane au terme de notre mission de supervision sur les îles de Casamance, Papys nous a appris la disparition de notre ami Reggie. Après une longue recherche sur Internet j’ai pu joindre, hier soir, sa compagne Clo. Elle m’a hélas confirmé son décès, au mois de mars, la veille de son 76ème anniversaire, au terme d’une éprouvante maladie.

Reggie fut le premier chirurgien-dentiste ANIMA. Sur son voilier Tristan, il a accompagné nos premières missions . C’est lui qui a initié Bernardin à l’art dentaire alors que celui-ci avait été délégué par le village d’Affiniam pour lui servir d’interprète et assurer le lavage des instruments.

Je garde toujours un  fort souvenir au village de Djilapao, dans le bolong d’Affiniam. Nous étions le matin, à 8 heures, sur le voilier, affairés à lever l’ancre après avoir travaillé 48 heures dans ce petit village plutôt isolé. Sur la plage, un homme est arrivé qui nous faisait de grands signes. En annexe, nous sommes allés voir ce qu’il nous voulait. En fait, il souffrait d’une rage de dents. Reggie est descendu à terre pour lui  extraire cette dent toute gâtée…Entretemps, un second patient puis un troisième et encore d’autres étaient là à prendre rang pour se faire soigner. A midi, la marée descendait de plus en plus et j’ai dû rappeler Reggie et lui dire qu’il nous fallait partir immédiatement si nous voulions gagner les îles où nous étions attendus!.. au grand dam d’encore quelques patients pour qui cependant le soin n’était pas une urgence.

Lors d’une venue chez nous, alors que nous étions sur la terrasse, par un soir d’été, Lyliane se souvient de Reggie lui disant des plus calmement: »ne bouge pas, un serpent est en train de monter le long de la vigne vierge juste dans ton dos! »…Effectivement une vigoureuse couleuvre grimpait à l’assaut d’un nid de merle…

Nous avons revu Reggie et Clo voici deux ans alors que nous étions au travail à Karabane;  le voilier Tristan a jeté l’ancre devant la plage et nous avons pu passer quelques instants avec eux.

Sa mère était polonaise et il était, pour la première fois, voici peu, allé en Pologne, à sa grande joie. Il admirait  l’écrivain polonais  Ryszard Kapuscinski qui a  écrit sur l’Afrique et m’avait fait découvrir ses écrits, en particulier « ÉBÈNE » que je vous recommande si vous ne l’avez lu.

Nous  sommes très tristes d’avoir perdu Reggie.

« Quand il ne peut plus lutter contre le vent et la mer, il y a deux allures que peut prendre un voilier: la cape qui le soumet à la dérive du vent…ou la fuite devant la tempête en épaulant la lame…la fuite permet aussi de découvrir des rivages inconnus qui surgissent à l’horizon des calmes retrouvés…vous connaissez, sans doute, un voilier nommé TRISTAN… » (Henri Laborit – Éloge de la fuite).

Sa fille Sandrine a recueilli « Tristan » qu’elle remet à neuf pour le faire naviguer à nouveau dans les prochains mois, probablement dans les eaux corses.

Nous présentons à sa compagne, à ses enfants Isabelle, Sandrine, Geneviève, Jean et Valentine (la seule que nous connaissions) toutes nos condoléances et l’assurance de nos sentiments attristés.

Merci Reggie de nous avoir accompagnés et offert ton grand sourire et ta fidèle amitié.

Que la terre te soit légère.

 

 

Comments

  1. Merci pour ce clin d’œil à Reggie, un ami de longues dates, rencontré en 1998 aux Açores puis à son bord en 2001 au Sénégal. Pensées pour ses proches, et sa fille Valentine qui était à bord avec nous en 2001.

  2. Merci a papa de nous avoir fait decouvrir son « senegal », a moi et mes deux grands, il y a qques annees. Merci a vous pour ce bel hommage. Et merci a clo.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.